Théâtre et musique
ou l'inverse mais pas
le contraire

Trompette, lyre, flûte, tambour, les neuf muses ou presque tiennent un instrument de musique à la main. Même Sapho, rajoutée sur le tard au troupeau par Platon, se jette dans la mer, une harpe sous le bras. C'est dire si dès l'origine on avait saisi combien la musique était la mère de tous les arts. Pour qu'on ne s'y trompe pas on lui avait donné le nom des Muses. Mais n'est-il pas vrai qu'un poème qui ne chante pas n'en est pas un, que sans rythme ou harmonie Peinture et Architecture finiraient en poussière, et quels rires ou pleurs déclencherait le Théâtre s'il n'était une partition de mots justement composés jusqu'à la rhétorique dont la mécanique raisonnante ne nous parvient que parce qu'elle est cadencée.

C'est cette alliance, ou plutôt cet alliage qui donne sonorité à la parole et mélodie aux idées, que nous avons voulu célébrer cette année au Rond-Point en lui consacrant notre thème de la saison 2009-2010. Retrouver sur scène l'auteur et le compositeur qui parfois ne font qu'un, s'enchantant l'un l'autre quand ils sont deux. Faire sortir la musique dans le théâtre et le théâtre dans la musique en vous entraînant dans des contrées d'écriture et de composition les plus diverses. Pour vous en dire l'étendue et l'ouverture, s'il ne s'était agi que de musique seulement j'aurais intitulé cette aventure "De Boulez à Lopez".

Sachez en tout cas qu'à travers cette nouvelle saison, fidèles à notre désir de toujours nous perdre dans l'étonnement et l'inattendu de la création, nous espérons de tout coeur pouvoir vous emmener vers des mondes meilleurs.

Si vous ressentez un léger manque de musique dans ce court éditorial, fredonnez-le. Merci. 

Jean-Michel Ribes

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© illustration Stéphane Trapier
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La revue collaborative du Rond-Point
Il y a 7h
 

- Alors, la Lise, ça fait un bail ! Depuis quand on n't'a pas vue ?
- La crise, mon p'tit Michel, la crise.
- À qui le dis-tu... M'enfin quand même, dans ta branche, ça se fait pas trop sentir, à ce qu'on dit ?
- C'qu'on dit, c'est une chose, c'qu'on vit, c'en est une autre. La culture, ça nourrit pas et les musées, ça coûte.
- Quand même les Jap', les richards du Golfe ? Et les Russes, on voit qu'eux !
- Oui oui ils se bousculent au bastingage, mais pour causer, c'est une autre paire de manches. Je m'ennuie, Michel, je m'ennuie !
- C'est pour ça que tu reviens, tiens : pour causer avec le Michel en bon français dans le texte !
- Eh eh, on ne peut rien te cacher.
- Tu vois, moi aussi j'm'ennuyais. Commençait à me manquer, ton accent !
- Dis-donc, je l'ai perdu, mon accent, tu pousses là !
- Teu teu, que tu crois, mais moi, j'ai l'oreille musicale et quand tu causes, ça chante, j'te dis.
- Sacré Michel, l'oreille musicale... on aura tout vu, toi qu'a fait le conservatoire avec Adamo dans un joukeboxe.
- C'est pas tout, mais qu'est-ce que je te sers, ma grande. Une p'tite mousse ?
- Allez... (bruit du flot sorti du bec, verre raclé à la spatule. Col blanc pour dame en noir)
- Attention, ma grande, tu t'es fait une moustache.
- Ah... la première gorgée de mousse... ben tu vois, mon Gérard, 500 ans de gloire, ça vaut pas un plaisir minuscule.
- Ah qui le dis-tu ! J'échangerais pas mon zinc contre tout l'or du Louvre.


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