Ordet (La Parole)
© Stéphane Trapier
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Ordet

(La Parole)


de Kaj Munk traduction et adaptation Marie Darrieussecq, Arthur Nauzyciel avec Pierre Baux, Xavier Gallais, Benoit Giros, Pascal Greggory, Frédéric Pierrot, Laure Roldan de Montaud, Marc Toupence, Christine Vézinet, Catherine Vuillez, Jean-Marie Winling et les chanteurs de l'Ensemble Organum Mathilde Daudy, Antoine Sicot et Marcel Pérès en alternance avec Frédéric Tavernier Mise en scène Arthur Nauzyciel
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durée 2h40

16 sept. - 10 oct., 20:30
salle Renaud-Barrault

dimanche, 15:00
relâche les lundis


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Mon ami, vous vous trompez, vous n’êtes pas Jésus. Vous êtes le fils de Mikkel Borgen de Borgensgaard.
Un monde à la fois proche et lointain, moderne et ancien ; un monde en même temps terrien et profondément religieux quelque part au Nord de l’Europe. On y invoque le ciel pour toutes sortes de raisons plus ou moins métaphysiques, parfois même prosaïques. On s’y affronte sur des différends théologiques aux motifs terre-à-terre, qui renvoient à la lutte pour la domination. C’est un monde mêlé où différentes conceptions s’opposent farouchement. Le langage y joue un rôle puissant, comme si les mots devaient toujours être suivis d’effets. D’où le titre de cette pièce du Danois Kaj Munk, Ordet, en français La Parole. Carl Theodor Dreyer en fit un film célèbre. Le metteur en scène Arthur Nauzyciel et la romancière Marie Darrieussecq ont remarquablement adapté en français cette pièce sur le pouvoir des mots où la question de la foi occupe une place centrale. Mais aussi plus largement la question de l’amour et de ce qui justifie une vie humaine.

"Avec amertume j’ai pu me dire à moi-même : en tant que poète tu insuffles la vie aux morts grâce à la foi, mais comme pasteur tu ne peux même pas accorder la mort à celui qui souffre... Ni les ressusciter. Pour ne pas se laisser totalement submerger par ce sentiment d’impuissance, Ordet rattrape cette douleur..." Kaj Munk

[+]> autour du spectacle

production CDN Orléans/Loiret/Centre, coproduction Festival d’Avignon, CDDB-Théâtre de Lorient/CDN Maison de la Culture de Bourges, Compagnie 41751, avec le soutien de la Région Centre, du Nouveau Théâtre de Montreuil/CDN et de la SN d’Orléans, coréalisation Festival d’Automne à Paris, avec la participation artistique du Jeune Théâtre National. Le décor a été construit par les ateliers de la Maison de la Culture de Bourges. Spectacle créé le 5 juillet 2008 au Cloître des Carmes, au Festival d’Avignon.

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Il y a 2h
 

Né en 1925 à Long Island dans une famille juive, Lenny Bruce se débarrassa de sa jeunesse en devenant soldat en Europe pendant la Seconde Guerre Mondiale. À son retour du front, il fonda sa propre église et s’autodésigna pasteur ; il fit du porte-à-porte et récolta de l’argent pour une léproserie en Guyana. Le Jésus qu’il proposait n’était pas très convenable, alors la police l’arrêta.
   Son humour iconoclaste et son éloquence n’étant appréciés ni par l’Eglise ni par les tribunaux, il trouva asile dans les cabarets. Il continua ses prêches ; son ambition était de guérir les lèpres du racisme et de l’hypocrisie.
 
La société ne le toléra pas longtemps ; elle n’avait pas encore compris qu’il est plus efficace d’encenser ou d’ignorer les irréductibles. Des policiers arrêtaient Lenny Bruce à la fin de ses représentations. On l’accusait de proférer des obscénités. Pour lui, la seule obscénité c’était le silence. Il s’attaquait à tous les pouvoirs et dévoilait la haine derrière la respectabilité. Il était juif, noir et indien à la fois. Cette guerre contre l’injustice et l’humiliation ne lui laissait aucun répit. Il n’avait pas l’intention de déposer les armes.
   
Sa femme était strip-teaseuse. Lui exhibait son âme. Un abîme le séparait du public. Sur scène, il se trouvait en équilibre ; comme un funambule, il mettait sa vie en jeu en marchant sur un fil. La drogue et l’alcool sont les seuls anges-gardiens sur qui l’on peut compter dans ces cas-là. Bob Dylan a écrit une chanson en hommage à Lenny Bruce où, par une phrase, il dit tout : « Il a combattu sur un champ de bataille où chaque victoire fait mal ».
 
Selon un critique, un de ses rares admirateurs à l’époque, il ne parlait pas : il faisait du jazz. Il improvisait avec sa voix, ses émotions et ses idées. C’est en jouant qu’il se créait. Il découvrait parfois ses monologues au moment même où il les prononçait. Lenny Bruce était un artiste. Dans ses one-man-shows, l’humour se mêlait à la politique, la grâce poétique à la colère. Il se moquait du succès et de la reconnaissance. Les rires et les applaudissements ne l’ont jamais corrompu. Il ne cherchait pas à plaire à n’importe quel prix. Il méprisait les compliments de ceux qui croyaient trouver dans ses spectacles de quoi conforter leur bonne conscience progressiste. Il n’hésitait pas à engueuler et à insulter son public. Une telle indépendance coûte cher : il perdit son métier, sa femme, sa maison.
 
Aujourd’hui la censure n’est plus nécessaire. Les comiques font des sketchs sur le téléphone portable, leurs amours ou la cigarette. On jette Lenny Bruce en prison chaque jour où l’on ne reprend pas son flambeau. Il n’est pas une relique de la génération beatnik. Il fait partie de notre trousse de secours humaniste. Il est vivant si nous le voulons. Je voudrais que l’on se souvienne de lui comme d’un honnête homme. C’est beaucoup moins fascinant que son image de rebelle scandaleux. Non, il n’était pas scandaleux, ni vulgaire. C’était un héritier de La Fontaine et de Chamfort.
  
Laissons-le terminer. À la fin d’un spectacle à New York, il s’adressa ainsi au public : « Je suis désolé si je n’ai pas été très drôle ce soir. Parfois je ne suis pas drôle. Je ne suis pas un comique. Je suis Lenny Bruce ».


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